La morale de la littérature jeunesse placée sous surveillance

Dans le MOOC Il était une fois la littérature pour la jeunesse, une vidéo était consacrée au décryptage de la loi française de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Je me suis pas mal interrogé sur la portée morale de cette loi, sur le Bien et le Mal, et sur ce que notre société peut juger comme étant de la paresse.
Il est obligatoire de faire mention de cette loi dans lesdits ouvrages et de déposer ceux-ci auprès de la CSCPJ, la Commission de surveillance et de contrôle des publications jeunesse (plus d’infos ici), laquelle peut exercer un droit de censure.

Logo de la commission de surveillance et de contrôle des publications jeunesse

Voici un extrait de l’article 2 de cette loi N°49-956 du 16 juillet 1949 :

« [Les publications jeunesse] ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse ou à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques. »

Au passage, je trouve amusant de noter que l’évolution de la langue française a, en partie, changer le sens de cette loi. Le verbe « démoraliser » n’a plus la même signification aujourd’hui 😉 On est passé de « perdre la morale » à « perdre le moral » !

Note : cette loi est née dans le contexte historique de l’après-guerre. L’un de ses buts était de protéger la population française contre la culture américaine en contrôlant ce qui se publiait sur notre territoire.

 

Le Bien doit-il absolument triompher ?

Bien, Mal, gentil, méchantEn résumé, le cœur de cette loi, c’est que les ouvrages jeunesse ne doivent pas cautionner les mauvais comportements de l’être humain.  « Le Bien doit l’emporter » commentait l’intervenant du MOOC. Je rejoins totalement le fait de ne pas cautionner la violence (ce que certains chanteurs actuels font à la radio et sur YouTube, par ailleurs), mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec le fait que ça doive forcément passer par la victoire du Bien sur le Mal. D’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’il faille développer des idées aussi manichéennes. Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir dans la vie (haha, tout est en 50 nuances de gris ! OK, blague pourrie…). C’est une réalité : personne n’est 100 % méchant, ni 100 % gentil. Il n’y a que des gens qui cherchent à répondre à leurs besoins. A propos, je n’aime pas trop ces mots, « gentil » et « méchant » : ça fait très « étiquette » et « jugement » pour dresser les enfants.

Qu’en serait-il d’un récit où les bandits l’emportent à la fin, mais où le message moral montre tous les inconvénients qu’il y a à être un bandit ? Méfiance constante, solitude, insécurité, souffrance de faire souffrir les autres, difficulté à sortir d’un certain cercle vicieux… Je serais curieux de savoir quel avis rendrait la CSCPJ, que le message moral soit explicite ou implicite.

 

Apologie de la lenteur et de la sobriété

Il y a un mot qui m’a fait tiquer dans cette loi : la paresse… Il faut voir que le contexte de rédaction du texte est celui de l’après-guerre, marqué par le trio de valeurs « travail, famille, patrie ».

Aujourd’hui, je trouve que notre société a basculé dans un extrême où il FAUT travailler, il FAUT avoir un bon travail, on a du mérite si on travaille 50 heures par semaine ou plus, on admire les gens pour leur statut professionnel, on crache sur les oisifs et ceux qui profitent des aides sociales, on veut faire croire aux jeunes que s’ils travaillent assez dur ils peuvent devenir millionnaires… Comme si être millionnaire était LE statut à atteindre. Mais travail et argent sont-ils des gages de bonheur ? A l’évidence, non. Surtout si, pour avoir de l’argent, on doit s’épuiser au travail et passer à côté de nos proches…

Je trouverais donc intéressant pour les jeunes que davantage de publications portent un autre paradigme et mettent en avant un autre modèle de vie où l’on n’a pas besoin d’être millionnaire, car on n’a pas besoin de toutes les inepties que nous vendent les pubs. On n’a ni besoin d’une voiture de luxe, ni d’un jacuzzi dans sa salle de bain, ni du dernier iPhone qui coûte un SMIC.

J’aimerais au contraire que l’on vante plus régulièrement les bienfaits de la lenteur, de la sobriété, du calme intérieur, du silence, de la contemplation…

Quant au mot « paresseux », je ne l’apprécie pas. Je ne l’emploierai jamais avec mes élèves. Pour moi, il n’y a pas de paresseux, il n’y a que des gens qui n’ont pas encore trouvé quelque chose qui les motive.

éloge de la lenteur et de la sobriété en littérature jeunesse

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